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Emma Goldman: 1 an au pénitencier de Blackwell's Island



Emma Goldman: 1 an au pénitencier de Blackwell's Island

Chapitre inédit en français traduit de "Living my life", l’autobiographie d’Emma Goldman, où elle narre sa première année d’emprisonnement au pénitencier de Blackwell’s Island.


La vie d’Emma Goldman est si riche que son autobiographie remplit presque mille pages en anglais. Son histoire se confond avec celle de l’anarchisme. Plus encore : son histoire débute exactement avec l’histoire de l’anarchisme aux USA. Lorsqu’elle arrive à New York, l’anarchisme n’est pas vraiment sorti des ghettos d’immigrés, souvent russes ou allemands. La plupart de la propagande est tout d’abord faite en yiddish, en russe, en allemand. Après sa libération Emma contribua à faire sortir ces idées du ghetto et à populariser l’anarchisme en apprenant l’anglais et en écrivant et donnant désormais des conférences dans cette langue. Le mouvement s’étoffe lorsqu’elle revient d’Europe. Plusieurs Britanniques ont émigré ou sont de passage aux USA, les publications anarchistes en langue anglaise se multiplient. Les combats les plus connus d’Emma Goldman furent notamment ceux pour la liberté d’expression, la liberté sexuelle, le droit à la contraception, l’égalité des femmes et des hommes, ou encore contre les guerres, toujours dans une perspective anarchiste. Emma Goldman et Sasha Berkman furent parmi les premiers à revenir de Russie (où ils avaient étés exilés), après le massacre de Cronsdat, et à se battre, contre leurs camarades même, pour dire la réalité de la dictature bolchevique, et ce dès 1921. Il serait vain de lister tous les domaines et toutes les luttes où se firent grandement sentir les idées et l’influence d’Emma et Sasha.

Or, cette admirable autobiographie n’a pas été traduite en français. Il n’existe qu’une traduction partielle et adaptée, de 300 pages environ, de laquelle des passages, voire des chapitres entiers ont été supprimés, et la plupart des autres remaniés. Tous les chapitres concernant sa vie en prison ont été soit grandement diminués soit totalement supprimés. Ainsi en est-il de celui qui suit, totalement inédit en français. Il s’agit du chapitre 12 de Living my life, traduit de l’édition Dover, New York 1970. Malheureusement, n’ayant pas l’original sous la main au moment de la mise en page, j’ai reformé les paragraphes moi-même, en espérant ne pas avoir fait trop d’erreurs. Je rajoute avant le chapitre 12, un petit résumé des événements qui l’ont conduite en prison et le dernier paragraphe du chapitre 11.

Je n’ai pas féminisé particulièrement le texte. Néanmoins, l’anglais ne s’embarrassant pas de distinction de genre la plupart du temps, j’ai parfois indifféremment employé le féminin ou le masculin là où les deux pouvaient s’appliquer. Un grand merci à Alice pour ses corrections.


Nous sommes en 1893, Emma a alors 24 ans et vient de rencontrer son nouveau compagnon Edward Brady, natif d’Autriche où il vient de purger une peine de 10 années de prison pour publication d’écrits illégaux. Son ancien amant Alexandre « Sasha » Berkman est lui même incarcéré pour avoir tenté d’assassiner un patron d’industrie l’année précédente, Henry Clay Frick (cf.index des nomsà la fin). Accusée « d’incitation à l’émeute » lors d’un discours prononcé à Union Square, Emma est arrêtée à Philadelphie puis extradée vers l’État de New York. La police lui propose, sans succès, de devenir indic pour éviter la prison. L’instruction se base sur les notes d’un agent de police, prétendument prises durant le meeting, alors que douze personnes présentes témoignèrent de l’impossibilité physique de prendre des notes à cause de la foule et qu’un expert déclara que l’écriture était bien trop régulière pour avoir été prise debout dans un endroit bondé. Un journaliste duWorld de New York témoigna en sa faveur mais ce fut sa perte. En effet, le lendemain du meeting, leWorld avait publié un article de ce même journaliste rendant compte du discours d’Emma à Union Square. Or, l’article avait été retouché et le propos du journaliste, complètement modifié, accusait Emma. Le journaliste n’osa pas témoigner contre son employeur en plein tribunal et son article fut suppléé à son témoignage. Contre l’avis de son avocat elle refusa de faire appel : la farce de son procès avait renforcé son opposition à l’État et elle ne voulait lui demander aucune faveur. Son avocat refusa alors d’être présent le jour du jugement. Le mêmeWorld qui lui avait joué un si mauvais tour lui proposa de publier le discours qu’elle avait préparé pour s’adresser au jury ; elle y consenti, sous réserve d’avoir accès aux épreuves avant le tirage. Emma ne fut pas autorisée à adresser le discours qu’elle avait préparé au tribunal mais l’édition spéciale duWorld sortit comme prévu juste après le verdict de la cour. Elle fut condamnée à un an de détention au pénitencier de Blackwell’s Island (littéralement : l’île du puits noir).

C’était une magnifique journée d’octobre, claire et lumineuse. La barge se hâtait sur l’eau avec laquelle jouaient les reflets du soleil. J’étais accompagnée par plusieurs journalistes, qui me pressaient tous de leur accorder une entrevue. « Je voyage avec une escorte digne d’une reine, » remarquai-je de bonne humeur ; « jetez seulement un coup d’oeil à mes satrapes. » « Mais cette môme ne s’arrête donc jamais ! », répétait sans cesse un jeune reporteur, admiratif. Lorsque nous avons atteint l’île, j’ai dit adieu à mon escorte, les enjoignant de ne pas écrire plus de mensonges que nécessaire. Je leur ai crié gaiement que je les reverrai dans un an et j’ai suivi le shérif adjoint le long de la large allée de gravier bordée d’arbres qui conduisait à l’entrée de la prison. Arrivée là je me suis tournée vers la rivière, j’ai inspiré profondément une dernière bouffée d’air libre, et j’ai franchi le seuil de ma nouvelle demeure.

Je fus appelée devant la surveillante-chef, une grande femme au visage stupide. Elle commença par s’enquérir de mes origines. « Quelle religion ? » fut sa première question. « Aucune, je suis athée... » « L’athéisme est interdit ici. Tu iras à l’église. » Je répondis que je ne ferais rien de la sorte. Je ne croyais en rien de ce que défendait l’Église et, n’étant pas une hypocrite, je n’assisterai pas aux offices. De plus, j’étais d’origine juive. Y avait-il une synagogue ? Elle répondit sèchement qu’il y avait des services pour les détenus juifs le samedi après-midi, mais comme j’étais l’unique prisonnière juive, elle ne pouvait pas me permettre d’aller seule parmi tant d’hommes.

Après avoir pris un bain et revêtu l’uniforme des détenues je fus envoyée dans ma cellule et enfermée.

Je savais d’après ce que Most m’avait raconté de Blackwell’s Island que la prison était vieille et humide, les cellules petites, sans eau ni lumière. J’étais donc préparée à ce qui m’attendait. Mais au moment où la porte fut verrouillée, j’ai commencé à éprouver une sensation de suffocation. Dans les ténèbres j’ai tâtonné à la recherche de quelque chose pour m’asseoir et mes mains ont rencontré étroit un bas-flanc de métal. Une fatigue extrême m’a soudain submergée et je me suis endormie immédiatement.

Je pris conscience d’une vive brûlure dans les yeux, et je bondis, effrayée. Une lampe était tenue près des barreaux. « Qu’est-ce que c’est ? », ai-je crié, oubliant où je me trouvais. La lampe s’abaissa et je vis un visage maigre et ascétique qui me regardait fixement. Une voix douce m’a félicité de mon profond sommeil. C’était la matonne du soir qui faisait sa ronde régulière. Elle me dit de me déshabiller et me laissa.

Mais je ne pus trouver à nouveau le sommeil cette nuit-là. La sensation irritante de la couverture rugueuse, les ombres rampantes de l’autre côté des barreaux, me gardèrent éveillée jusqu’à ce que le son d’un gong me mette à nouveau sur pied. Les cellules furent déverrouillées, les portes violemment ouvertes. Des silhouettes rayées bleues et blanches s’en extirpèrent, formant automatiquement une ligne dans laquelle je pris place moi-même. Il y eut un commandement : « En avant, marche ! », et la ligne commença à se déplacer le long du corridor, descendant les escaliers vers un recoin contenant des lavabos et des serviettes. Il y eut à nouveau un commandement : « Lavez-vous ! » et tout le monde se mit à réclamer bruyamment une serviette, déjà sale et humide. À peine avais-je eu le temps de m’asperger d’eau les mains et le visage, sans même avoir pu m’essuyer, que l’ordre de retour fut donné.

Vint ensuite le petit déjeuner : une tranche de pain et une tasse en fer blanc remplie d’eau chaude brunâtre. Puis à nouveau la ligne fut formée, et l’humanité rayée fut divisée en sections et envoyée vers ses tâches quotidiennes. Avec d’autres femmes, je fus emmenée à l’atelier de couture.

La procédure de formation de la ligne - « En avant, marche ! » - était répétée trois fois par jours, sept jours par semaine. Après chaque repas, dix minutes étaient accordées pour parler. Ces êtres refoulés déversaient alors un torrent de mots. Chaque précieuse seconde augmentait le rugissement des sons ; et soudain, le silence.

L’atelier de couture était vaste et lumineux, le soleil entrant souvent par les hautes fenêtres, ses rayons intensifiant la blancheur des murs et la monotonie des uniformes réglementaires. Sous cette lumière crue les silhouettes vêtues de pantalons trop larges et d’habits rudes et sans grâce paraissaient plus hideuses encore. Pourtant, l’atelier était un soulagement bienvenu après la cellule. La mienne, située au rez-de-chaussée, était grise et humide même en pleine journée ; les cellules des étages supérieurs étaient un peu plus lumineuses. Contre les barreaux de la porte, on pouvait même lire à l’aide de la lumière venant des fenêtres du corridor.

Le verrouillage des portes pour la nuit était la plus terrible expérience de la journée. Les détenues défilaient le long des cellules, formant la ligne habituelle. En atteignant sa cellule, chacune quittait la ligne, pénétrait dedans et, les mains sur la porte de fer, attendait le commandement. Retentissait alors l’ordre « Fermez ! » et avec fracas les soixante-dix portes se fermaient, chaque prisonnière s’enfermant automatiquement elle-même. Plus déchirant encore était l’avilissement quotidien d’être obligée de marcher au pas cadencé jusqu’à la rivière, transportant le seau d’excréments accumulés durant vingt-quatre heures.


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Akye
Lundi 4 Juillet 2011





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