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Mauvaises Intentions #2

(Recueil de textes publics)



Mauvaises Intentions #2

Brochure sur L’outil « antiterroriste », la « mouvance anarcho-autonome »..., à télécharger en bas de page.



Cette fois, cela n’aura échappé à personne.

Le 11 novembre 2008, suite à des sabotages sur les lignes TGV, une opération de police à grand renfort médiatique est menée à Tarnac, Rouen et Paris. Elle aboutit à l’inculpation de 9 personnes dans le cadre d’une « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », deux d’entre elles, Yildune et Julien, sont aujourd’hui en détention provisoire.
La mise en scène médiatique de ces arrestations active un ensemble de mots-clés : terrorisme, ultra-gauche, anarchoautonome, sabotages, esthétique de la violence, mythe d’Action Directe, semi-clandestinité.
Des termes pas si nouveaux : celui d’ “anarcho-autonome”, fondé entre autres sur une participation à des luttes en dehors des partis et des syndicats, réapparaît lors des mouvements de contestation des présidentielles (manifs sauvages, dégradations de permanences electorales, incendies de voitures...). Mais c’est bien à l’occasion des arrestations du mois de janvier 2008 que police et justice concrétisent cette figure d’une menace intérieure. Fichage “anarcho-autonome” à l’appui, Bruno, Ivan, Isa*, Farid*, Juan* (* surnoms) et Damien sont en l’espace de quelques mois tous les 6 mis en
examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » et, pour certains, « transport et détention de produits incendiaires ou explosifs », pour d’autres, « tentative de destruction de biens ».
Ivan, Bruno et Damien sont arrêtés alors qu’ils se rendent à une manif devant le centre de rétention de Vincennes avec des fumigènes artisanaux et des crève-pneus, qui deviennent pour la justice et les médias une “bombe à clous”. Ivan et Bruno sont placés en détention préventive et Damien sous contrôle judiciaire.
Quelques jours plus tard, Isa et Farid sont arrêtés lors d’un contrôle des douanes à Vierzon en possession de manuels expliquant des techniques de sabotage, du plan d’une prison pour mineurs et de chlorate. L’antiterrorisme se saisit de l’affaire. Les flics prétendent que l’ADN d’Isa correspondrait à une des 5 traces ADN présentes dans un sac contenant des bouteilles d’essence, retrouvé sous une dépanneuse de flics dans l’entre-deux-tours des présidentielles.
Rapidement, ces deux enquêtes sont jointes en un seul dossier, instruit par les mêmes juges antiterroristes.
La police ratisse alors dans l’entourage des personnes arrêtées et des personnes fichées “anarcho-autonomes” pour trouver qui se cache derrière les ADN manquants. Juan, le frère d’Isa, puis Damien (qui avait été arrêté avec Ivan et Bruno) sont mis en prison car leurs profils ADN correspondraient aussi à ceux de la dépanneuse.
Isa, Juan et Damien, qui nient leur participation à cette tentative de sabotage, sont toujours en détention préventive dans le cadre de cette procédure criminelle ; Ivan, Farid et Bruno ont été placés sous contrôle judiciaire (Bruno s’y est soustrait).
Dans ces affaires de janvier et de novembre, on assiste au même procédé judiciaire, qui construit en amont une théorie d’accusation, l’existence d’une “menace terroriste”, et un profil de coupable, “l’anarcho-autonome”, suffisamment maléable pour être adapté en fonction des besoins. à coups de spécialistes et de déclarations de ministres, on apprend que les “anarcho-autonomes” seraient des centaines, certains seraient potentiellement très dangereux. Voilà ce qui justifie cette répression préventive.
Pour ça, les plus grands alliés sont les médias, qui comme dans tant d’autres histoires vendent de la chair à faits divers, du sensationnel, et diffusent les infos de la police pour transformer des personnes inculpées en coupables évidents. En exploitant les histoires personnelles des inculpés (mode de vie, études, origine sociale...), ils éclipsent le sens des actes reprochés et les luttes dans lesquelles ils s’inscrivent. Ainsi, des sabotages, extraits de tout contexte, deviennent des actes de terrorisme.
Face aux propos tenus par l’état et les médias, le choix de porter publiquement notre propre discours sur des arrestations, n’est ni une évidence ni un automatisme. Parfois ce peut être inutile, voire absurde. Cependant, pour les affaires de janvier, nous avons choisi de parler nous-mêmes de ce qui nous touchait directement.
Dès les arrestations, il y a eu plusieurs communiqués et textes publiés sur des sites de “médias alternatifs” afin de donner des infos, de raconter le déroulement des procédures judiciaires... Et, malgré les difficultés, les camarades en prison ont aussi écrit des lettres publiques. Puis est venue l’idée d’une brochure comme une compilation de textes et d’analyses pour informer de ce qui se passait et de ce qu’on en pensait. Tout en se battant pour la libération des copains, nous avons refusé d’utiliser des moyens et des discours en contradiction avec ce pour quoi on lutte.
On a préféré partir de là où on était, s’organiser avec nos propres moyens, nos propres forces.
Ce qu’on a choisi de dire, c’est que les actes dont sont accusés les camarades ont un sens, un contexte, qu’ils participent de révoltes. Et cela nous a paru d’autant plus évident que, dans ces affaires de janvier et de novembre, la justice elle‑même donne une teneur politique aux affaires. Les inculpés sont accusés d’être des membres d’une supposée organisation terroriste, la « mouvance anarcho-autonome francilienne » (MAAF), dont le mot d’ordre serait la « haine de l’état bourgeois et de ses appareils ». C’est clairement le fait de vouloir s’en prendre au système capitaliste qui est aujourd’hui condamnable.
Faire une brochure, c’est tenter d’aller au-delà des aspects matériels liés à la répression (trouver de l’argent pour payer les mandats, préparer une défense juridique...) et ce, même si on sait bien que “l’antirépression” nous contraint pour un temps à la position “défensive”, à aller sur un terrain qui nous est imposé, plus encore que d’habitude, et que des problèmes et des contradictions se posent alors. Cela est d’autant plus difficile qu’on est confronté à des situations de peur, de séparation et d’isolement qui sont souvent accrues lorsque la répression s’intensifie.

Comment parler de cette répression qui nous touche dans nos façons de lutter, parce qu’elle vise des modes d’organisation et des pratiques dans lesquels nous nous reconnaissons ? Comment ne pas se considérer comme des martyrs ni comme des victimes ?
On peut tenter de faire d’une situation de répression un moment de lutte, sur lequel nous devrions être capables de trouver des prises. Choisir le discours que nous voulons porter, défendre des pratiques de lutte inscrites dans leur contexte social.
On a choisi de parler de ces arrestations, avec la certitude qu’elles s’inscrivent dans une réalité politique plus vaste, qu’elles sont liées à la question du système dans lequel on est, à son contrôle, à ses taules... Parce que d’une répression “spécifique” surgissent des questions plus larges qui touchent tout un chacun, l’aspect défensif de l’anti-répression doit s’allier à d’autres batailles. Quand plusieurs personnes se retrouvent en prison, accusées de l’incendie du centre de rétention de Vincennes, cela devrait logiquement entraîner une solidarité au moins de la part de tous ceux qui participent à la lutte contre les centres de rétention et aux côtés des sans-papiers. Il y a un enjeu, au sein même de cette lutte, à être solidaire des inculpés et à se battre pour leur libération.
Aussi, nous avons fait le choix de parler de la répression au sein des luttes, et non de la penser comme un moment séparé du reste. Et cela parce que la chaîne répressive poursuit toujours le même objectif : arrêter par la force et la violence des actes d’insoumission, qu’ils soient individuels ou collectifs. Parce qu’elle a notamment pour but que tout le monde marche droit, il faut répondre à l’offensive de la manière la plus large possible, et être solidaire non seulement des personnes inculpées, mais aussi des actes reprochés. Lorsque l’état s’attaque à un c’est l’affaire de tous.
Mais, et c’est toujours le même problème, comment parvenir à relier les luttes entre elles, sans se retrouver face à une opposition si globale et si abstraite qu’elle en devient paralysante, qu’on ne sait pas par quel bout commencer ? On est sans cesse tiraillé entre la volonté de prendre la critique du monde par un bout et la conviction que c’est un système entier et une logique globale qu’il faut attaquer.
Ce n’est pas une raison pour ne pas tenter le coup. Alors on est partis de ce qu’on vivait, de la volonté de réagir par rapport aux arrestations de camarades. On a parlé de ces arrestations dans des espaces de discussion qui nous sont proches, avec l’idée de les faire exister dans des assemblées de lutte, des lieux où on s’organise politiquement. Faire entendre des voix à la radio, distribuer des textes dans les manifestations, organiser des rassemblements, des concerts de soutien et des
discussions, lancer des appels à la solidarité. Par ces biais-là, on souhaite réussir à aller au-delà de ces arrestations, gueuler contre les taules, contre le fichage qui nous enferme tous, assumer le sabotage de ce qui nous emmerde...
C’est pour cela que l’on n’a pas choisi la forme d’un comité de soutien pour les copains de janvier. évidemment qu’on voulait les défendre et les arracher à la prison, mais il nous était impossible de nous centrer totalement sur eux en oubliant que les prisons sont pleines, et que personne n’a rien à y faire. Du coup, la forme comité de soutien à “Tartempion” nous semblait manquer de perspective, être trop étriquée, décalée avec ce qu’on voulait faire.
Parce que nous luttons contre toutes les prisons, nous avons gueulé « liberté pour tous les prisonniers » en même temps que “liberté pour Tartempion”. évidemment, ce n’est pas pour autant que s’est développée une grande lutte contre toutes les prisons et le monde qui va avec, mais le coeur y était !
La première brochure Mauvaises Intentions de mai 2008 montre bien les paradoxes dans lesquels on est pris.
Relue aujourd’hui, elle nous paraît souffrir des conditions dans lesquelles elle a été faite. L’urgence des premières semaines, la qualification en juridiction antiterroriste (assez angoissante aux premiers abords), tout cela a surdéterminé cette brochure, qui nous semble manquer d’une analyse plus vaste de la situation, des pratiques. Nous avons voulu démonter la catégorie “anarcho-autonome” et ne pas envisager “l’antiterrorisme” comme une juridiction si exceptionnelle, mais comme un traitement judiciaire parmi tant d’autres, qui s’applique en fonction d’un “profil”, et comme un des outils utilisés par l’état pour s’autoriser toujours plus de contrôle sur tous. Et si nous sommes restés un peu coincés
dans ces catégories, c’est qu’il était nécessaire d’en parler pour tenter de les démonter.
Alors on a décidé de récidiver. Parce qu’on a peut-être aujourd’hui un peu plus de recul, parce que nous avons continué de réfléchir ensemble, et qu’entre-temps de nouveaux événements sont survenus.
Et aussi, pour que reste posée la question des personnes et des actes visés par la répression.
Pour ce qui est des actes reprochés à Isa, Juan et Damien : au-delà de la relative banalité des faits, à savoir la tentative ratée de brûler une bagnole de flics pendant les présidentielles, qui occasionne rarement une instruction antiterroriste de plusieurs mois, c’est bien l’engagement de ces personnes dans des luttes qui a déterminé la teneur de la répression.
Or, cet engagement est une grande part de ce que nous avons partagé avec eux et avec d’autres : la volonté commune d’enrayer la marche de ce système par la réflexion critique, la rencontre, la confrontation et le sabotage. Le sabotage, non pas comme un moment séparé du reste, mais comme une forme d’action parmi d’autres.
Le sabotage qui vient des condamnés à vie au travail à la chaine a toujours été un moyen d’arracher quelques instants de liberté. Il permet concrètement — bien que provisoirement — de perturber, ralentir, casser les dispositifs qui nous contraignent. Parce que chaque caméra est un point faible de la vidéosurveillance, parce que la solidarité de quelques passagers peut rendre inefficaces les décisions de “reconduite à la frontière” des sans papiers, parce que tout chantier de prisons ou de centres de rétention a besoin de machines-outils en bon état de fonctionnement, parce qu’aucun patron ne peut tirer sa plus-value d’un piquet de grève...

Ce nous qui écrit, n’est pas un nous de groupe constitué ou homogène. Il fait référence à un nous
de personnes proches des personnes incarcérées, à une proximité faite d’amitiés, et de luttes.


Lire la suite en téléchargeant la brochure...


Akye
Jeudi 21 Mai 2009





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